samedi 15 octobre 2011

15 octobre 1940 : Le dictateur


Le Dictateur est présenté en avant-première à New-York. C'est le premier film parlant de Chaplin qui signe également le premier film anti-nazi de l'histoire.

Le Dictateur (The Great Dictator) est un film américain, de type satirique, réalisé en 1940 par Charlie Chaplin. Ce film, conçu juste avant la seconde guerre mondiale, fut le plus grand succès commercial de Charlie Chaplin et contribua à mobiliser l'opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes, à une époque où seule la Grande-Bretagne résistait encore au régime nazi. Il est ouvertement inspiré par le régime nazi mis en place par Hitler. Le gouvernement allemand a d'ailleurs protesté officiellement contre sa réalisation et demandé l'abandon de ce projet, que Chaplin a tenu à terminer malgré ces pressions. Le dictateur incarné par Chaplin est largement inspiré par celui-ci, et le personnage de Benzino Napaloni (interprété par Jack Oakie) est inspiré de Benito Mussolini. Bien que le film ait été réalisé avant le début de la Seconde Guerre mondiale, celui-ci laisse entendre la possibilité d'une nouvelle guerre en Europe, en même temps qu'il rappelle la brutalité du régime nazi. Le Dictateur présente le nazisme comme un danger mortel pour les communautés juives d'Europe, pour l'humanité entière et pour la démocratie. Cette première satire a marqué la satire anti-hitlérienne postérieure qui se réfère toujours, plus ou moins directement, au film de Chaplin, de Jeux dangereux d'Ernst Lubitsch en 1942 à La Vie est belle de Roberto Begnini en 1997. Mis à part la fin du film, très émouvante, celui-ci présente une suite de gags visuels ou de situations drôles. On peut citer notamment les scènes lorsque le dictateur Hynkel joue avec un globe terrestre gonflable (une mappemonde), ou lorsque son homologue de Bactérie (un État imaginaire inspiré de l'Italie fasciste) et lui rivalisent sur la hauteur de leurs sièges respectifs. Une des scènes poignantes du film est celle, vue uniquement de dos, où le barbier regarde longuement brûler sa boutique. Elle sera citée dans plusieurs ouvrages consacrés au langage visuel dans le cinéma. Une autre scène mémorable est celle, à la fin du film, du discours final du barbier, qui, ayant pris l’identité de Hynkel, se lance dans un long et émouvant plaidoyer pour la paix et l'amitié entre les peuples, aux antipodes du discours raciste et haineux du véritable Hynkel, plus tôt dans le film. Lors de ses discours, le dictateur Hynkel s'exprime en anglais mais aussi dans une langue peu compréhensible et très agressive, qui rappelle le ton sur lequel Adolf Hitler prononçait ses discours en allemand. On reconnaît d'ailleurs quelques mots similaires, comme Blitzkrieg, « Freespraken » (pour « liberté d'expression »; ce terme en fait ne veut rien dire, mais littéralement il signifie « Libre parler »), « Beltn » (proche de l'anglais Belt, pour ceinture) ou « in der Welt » (dans le monde), ou encore « mit den Juden » (avec les Juifs).

Au cours de la Première Guerre mondiale, un soldat maladroit sauve la vie du valeureux pilote de chasse Schultz. Après quelques années passées à l'hôpital, ce soldat, devenu amnésique, reprend son métier de barbier dans sa boutique, qui a été incluse dans un ghetto juif. Le dictateur de Tomanie, Adenoïd Hynkel, qui ressemble physiquement trait pour trait au barbier, institue une discrimination contre les Juifs. Or le barbier est lui-même juif. Arrêté lors d'une rafle, parce que juif lui-même et accusé de comploter contre le régime de Hynkel, le barbier se retrouve en prison avec Schultz. Tous deux finissent par s'évader, au moment où la Tomanie envahit l'Österlich. Les soldats confondent les deux personnages : Hynkel est arrêté comme fugitif, tandis que le barbier lui, pris pour le dictateur, est contraint de prendre sa place et d'improviser un discours à la radio.

Hitler fit interdire le film en Allemagne, mais il s’en procura une copie qu’il se fit projeter en privé à deux reprises. Chaplin, quand il apprit la nouvelle, dit qu'il donnerait n'importe quoi pour savoir ce qu'en en avait pensé Hitler. Cependant, Albert Speer, l'architecte d'Hitler, a nié que celui-ci ait jamais vu le film. L'historien britannique Kevin Brownlow pense avoir trouvé des preuves selon lesquelles le Führer aurait vu des projections privées du film. En pleine guerre, à l'initiative de Nikola Radošević, un projectionniste d'une salle de cinéma de Belgrade en Serbie, qui venait de trouver une copie grecque du film, Le Dictateur fut projeté à la place d'un autre film prévu pour cette séance dans la salle de cinéma d'un pays occupé par les Allemands. Pendant 40 minutes, le public regarda le film avec intérêt, jusqu'à ce qu'un SS se trouvant dans la salle tire en direction de l'écran, entraînant une évacuation du cinéma.

Chaplin subit des pressions de la United Artists à propos de ce film politiquement sensible (les États-Unis n'étaient pas encore engagés dans le conflit mondial à cette époque), mais celui-ci sortit néanmoins six mois après la fin du tournage. Le film fut censuré en Espagne (jusqu'en 1975), en Allemagne (jusqu'en 1945 (date de sortie 1958), ainsi qu'en Irlande.

La ressemblance entre Hitler et Chaplin, ainsi que leur quasi-gémellité (ils sont nés à quatre jours de différence) furent l'objet de quelques belles envolées astrologiques à dater de la sortie de ce film.

 Le symbole nazi (le swastika ou croix gammée) n'apparaît à aucun moment dans le film, mais il est remplacé (notamment sur les drapeaux et les brassards) par la double croix, autre évocation du régime nazi. En anglais, double cross renvoie aux notions de trahison ou traîtrise, ainsi qu'à une opération de contre-espionnage à l'initiative des Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale (voir « Système Double Cross »).

 Les affichages visibles dans le ghetto juif sont en anglais (langue de la production du film) mais aussi en espéranto, afin de ne pas faire clairement allusion à l'Allemagne, et parce que cette langue a été conçue par Ludwik Lejzer Zamenhof, un juif, pour indiquer que le ghetto est bien habité par des juifs.

 Des extraits couleurs du tournage, filmés par Sidney Chaplin (le frère de Charles Chaplin), retrouvés ultérieurement, montrent les pantalons des miliciens d'Hynkel en rouge.

Le Dictateur fut un succès populaire (et le plus grand succès de Chaplin). Il fut projeté à Londres pendant la bataille d'Angleterre et nommé aux Oscars. Il sortit sur les écrans en France en 1945. Il demeure le film de Chaplin ayant eu le plus de succès en salles en France, avec plus de 8 millions d'entrées.

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